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Réflexions

Je suis parfois amenée à donner mon opinion sur l’économie québécoise, et sur ce que je considère comme le principal frein à la prospérité. Réflexion faite, le problème de taille qui menace notre société n’est ni l’essor de l’économie chinoise, ni la vigueur du dollar canadien, ni la délocalisation de certains emplois. Le Québec est aux prises avec le plus sournois et le plus dévastateur des problèmes, celui qui compromet l’épanouissement et l’avancement de toute société: la pensée unique!

Celle qui règne au Québec veut qu’une entité supérieure (habituellement l’État) soit mieux placée que les individus pour décider de ce qui est souhaitable pour eux et pour l’ensemble de la société. Elle prend également la forme d’un consensus implicite sur les solutions à apporter à de nombreux problèmes d’actualité, et on considère qu’il est politiquement incorrect, voire carrément hérétique de contester certains dogmes. Par exemple, sur la question du contrôle des loyers ou sur celle du Protocole de Kyoto, on marginalise et on attribue les pires intentions à celui qui ose remettre en question leur pertinence. Pourtant, non seulement la pensée unique menace-t-elle la démocratie, mais elle atteint l’un de ses fondements: le débat.

Le débat est indispensable à l’évolution d’une société. Si Galilée avait adhéré à la doctrine de son époque, peut-être croirions-nous encore que la terre est le centre de l’univers! Il ne s’agit pas non plus d’entretenir de faux débats, comme ceux qui concernent les moyens à employer pour appliquer Kyoto ou le contrôle des loyers. Un véritable débat porte sur la question de fond, et non sur ses détails.

Et si, exceptionnellement, un véritable débat est enclenché, il est rapidement étouffé si l’une des parties réplique qu’elle ne partage pas les valeurs de l’autre. C’est souvent la réponse que donnent les représentants de la gauche face à un discours qui, comme le mien, défend la liberté économique.

Des valeurs

D’ailleurs, je serais incapable de compter toutes les fois où l’on m’a déclaré avec condescendance que le contrôle des loyers ou le respect de Kyoto relèvent des valeurs! Mais comment pourrait-on argumenter sur des valeurs?

Ce genre d’affirmations, qui laisse croire que le Québec se laisse guider par l’émotion et évacue l’analyse, est le produit d’une confusion entre une valeur et l’instrument qui la symbolise. Ma foi en l’être humain me permet de croire qu’un environnement sain et qu’un toit pour chacun sont des valeurs universelles, indépendamment des allégeances politiques ou de l’appartenance sociale. Toutefois, le Protocole de Kyoto et le contrôle des loyers ne sont que des instruments. Les remettre en question ne reflète pas des valeurs différentes, mais la quête d’instruments plus efficaces.

Pour juger de la validité d’un instrument, il faut analyser ses effets. Par exemple, le fait que le Protocole Kyoto ou le contrôle des loyers poursuivent de nobles intentions est insuffisant pour juger de leur validité. Il faut se questionner sur les conséquences qu’engendre la mise en application de ces outils. Négliger cet exercice, c’est laisser l’émotion l’emporter sur l’analyse.

Avoir une conscience «citoyenne», c’est justement exiger de vrais débats sur les questions de l’heure sans oublier qu’on ne défend pas des idées avec des émotions, mais avec une argumentation solide et logique, et des preuves empiriques irréfutables.

Il ne faut pas non plus se soustraire à la difficulté d’entretenir un débat en affirmant que l’adversaire est un idéologue au sens le plus péjoratif du terme. C’est trop facile! Après tout, l’attaque personnelle est l’arme de celui qui n’a aucun argument pour défendre ses convictions!

* This column was also published in Le Journal de Québec.

Nathalie Elgrably is an Economist at the Montreal Economic Institute and author of the book La face cachée des politiques publiques.

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