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11 May 2006May 11, 2006

La pauvreté relative des Québécois est indéniable

www.lesaffaires.com/pointdevue, p. Web

La pauvreté relative des Québécois est indéniable
Comment se compare le niveau de vie des Québécois avec celui des habitants du reste du pays? Cette question soulève beaucoup de réactions émotives de part et d'autre.

Les désaccords tiennent en partie au fait que, selon certains indicateurs, le niveau de vie des Québécois paraît être comparable à celui des Ontariens, alors que d’autres montrent que le Québec est relativement pauvre par rapport aux autres provinces.

La mesure la plus globale et la plus utilisée du niveau de vie des résidants d’un territoire est le produit intérieur brut (PIB) par habitant. En 2004, le PIB per capita du Québec se chiffrait à 35 117 $, 13% de moins que celui de l’ensemble du Canada (40 351 $) et 16% de moins que celui de l’Ontario (41 703 $). L’écart avec l’Ontario est le même qu’il était au début des années 1980. Il est donc difficile de parler de rattrapage.

On devrait idéalement ajuster ces données en tenant compte du coût de la vie dans chaque province. Nous ne disposons toutefois que de données sur le coût d’un panier de consommation dans les grandes villes, qui révèlent, par exemple, qu’il en coûte moins cher de vivre à Montréal qu’à Toronto. Sur cette base imparfaite, l’écart négatif entre le PIB par habitant québécois et la moyenne canadienne passe de 13% à 6% alors que celui avec l’Ontario passe de 16% à seulement 4%, ce qui ne laisse qu’un léger avantage à l’Ontario.

Un autre indicateur du niveau de vie est le revenu personnel disponible per capita (revenus totaux des individus moins les impôts personnels directs). En 2004, le revenu disponible per capita était de 21 631 $ au Québec, soit 7% inférieur à la moyenne canadienne, et 12% en dessous de l’Ontario. Si l’on ajuste selon le coût de la vie dans les grandes villes, on se retrouve de nouveau avec un portrait relativement plus favorable pour le Québec, puisque l’écart avec l’Ontario semble disparaître complètement.

Des retards révélateurs

Ces indicateurs généraux et plutôt imprécis sont toutefois contrebalancés par d’autres données selon lesquels le Québec fait beaucoup moins bonne figure:

  • Le Québec a toujours le taux de chômage le plus élevé des provinces canadiennes à l’exclusion de trois des provinces atlantiques, soit 8,5% en mars 2006, contre 6,3% pour le Canada et 6,1% en Ontario.
  • En 2005, 6,8% de la population québécoise était bénéficiaire d’aide sociale, la moyenne canadienne étant de 5,2% et le niveau ontarien de 5,4%.
  • La valeur nette des ménages québécois (leurs avoirs moins leurs dettes) était de 61 300 $ en 1999 contre 101 400 $ en Ontario. Ces résultats sont influencés par le fait que les Québécois ont beaucoup plus tendance à être locataires que propriétaires de leur logement.

Tous ces indicateurs reflètent une performance économique relativement faible. Le nombre systématiquement plus élevé de chômeurs, d’assistés sociaux, et de ménages locataires au Québec est un indice clair du fait que le niveau de vie en général y est moins élevé que dans les autres provinces.

De plus, la productivité du travail représente un déterminant crucial de la croissance du niveau de vie. Sans hausse de la productivité, il ne peut y avoir d’augmentation de la richesse. Or, la productivité québécoise par travailleur est inférieure à la moyenne canadienne et dépassée par la productivité en Alberta, à Terre-Neuve, en Saskatchewan, en Ontario et en Colombie-Britannique. La productivité par heure travaillée est également inférieure à la moyenne canadienne et à l’Ontario.

Une société plus égalitaire?

Certains intervenants suggèrent que ces indicateurs ne décrivent pas suffisamment bien la situation, car ils ne rendent pas compte du fait que le Québec est, selon eux, une société plus égalitaire et solidaire, que la richesse y est mieux répartie et qu’on y compte moins de pauvres.

À cet égard, le taux de pauvreté donné par la mesure du panier de consommation (le ratio dans la population de personnes ou familles dont le revenu est insuffisant pour répondre aux besoins essentiels) est de 12% au Québec, à peine inférieur à la moyenne canadienne de 13%, mais légèrement supérieur à celui de l’Ontario qui est de 11%. L’argument selon lequel le Québec est une société plus égalitaire que le reste du Canada ne tient donc pas la route.

De plus, le Québec compte relativement moins de riches, la proportion de contribuables gagnant des revenus de 100 000 $ et plus se situant à 2,2%, contre 4% en Ontario. Que les Québécois soient ou non plus solidaires, avoir moins de riches signifie qu’il y a de toute façon moins de richesse à redistribuer.

L’économie n’est pas tout, et le Québec reste l’un des endroits les plus favorisés dans le monde. Il existe évidemment d’autres raisons de vouloir y rester ou s’y établir, des raisons qui ont trait à la culture et à la qualité de vie par exemple. Mais ces avantages risquent eux aussi de s’effriter à moins de maintenir un rythme de création de richesse comparable à celui de nos voisins. Reconnaître la pauvreté relative des Québécois s’avère toutefois un pas indispensable dans la recherche de solutions.

Norma Kozhaya is an Economist at the Montreal Economic Institute.


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